La prière de Jésus et la mort

Stained glass window - Jesus prays in Gethsemane
Jesus praying in the Garden of Gethsemane — Holy Trinity Pembroke Photo: LA Williams
By Le révérend chanoine Kevin Flynn

English translation

Woody Allen a dit un jour : « Je ne veux pas atteindre l’immortalité grâce à mon œuvre… je veux l’atteindre en ne mourant pas. » Que cela nous plaise ou non, bien sûr, cela n’est pas possible pour nous. La réalité de la médecine moderne est que relativement peu d’entre nous seront pleinement conscients, lucides et pleins de sagesse d’adieu jusqu’au tout dernier instant de notre mort. Nous pouvons toutefois commencer à nous y préparer dès maintenant, même si la date exacte se situe dans un avenir encore inconnu.

Depuis les premiers temps, les chrétiens — et de nombreux non-chrétiens aussi — ont compris qu’il était nécessaire d’être conscient de la réalité de la mort. Certaines des façons dont les gens s’y sont pris peuvent nous paraître étranges, morbides, de mauvais goût. Rares sont celles et ceux d’entre nous qui ont l’habitude de prier pendant de longues heures dans les cimetières. Rares sont celles et ceux d’entre nous qui ont eu ou voudraient avoir l’occasion d’observer le processus de décomposition. Nous ne gardons pas de crânes sur nos bureaux.

Ces pratiques anciennes, aussi étranges soient-elles, ont pourtant quelque chose à nous enseigner. Elles nous rappellent que nous devons résister à la pression de notre société qui nous pousse à nier la mort, à tenter de la contourner ou à exiger qu’elle survienne selon nos propres conditions.

Que ferais-je si je savais que j’étais en train de mourir maintenant, à cette minute même, qu’il ne me restait plus que quelques secondes à vivre ? Et s’il ne restait plus de temps pour me préparer ou faire des projets, plus rien à faire ni à défaire ? Tout ce que je peux imaginer faire à cet instant, ce serait de m’écrier : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur! »

Cette prière, bien sûr, est la « Prière de Jésus », pratiquée par les chrétiens orthodoxes depuis des siècles et de plus en plus pratiquée par les chrétiens occidentaux également. Cette prière revêt de nombreuses significations, mais elle consiste toujours à se jeter dans les bras de Dieu, non seulement à la fin de la vie, mais chaque jour. Grâce à une répétition quotidienne, peut-être par séances de vingt minutes à la fois, la prière devient quelque chose qui nous prie encore plus que nous ne la prions. Grâce à une pratique régulière, la prière jaillit spontanément du cœur. C’est une prière qui nous enseigne notre dépendance totale et fondamentale – dans la vie comme dans la mort – à l’égard de la miséricorde infinie de Dieu.

La miséricorde de Dieu n’est pas quelque chose que nous devons mendier ou pour laquelle nous devons nous humilier afin de l’obtenir. En mourant, le Christ a révélé la vérité de la miséricorde infinie et inconditionnelle de Dieu. Demander miséricorde, c’est se tourner vers Dieu avec confiance et espérance. Nous affirmons que Dieu est attentif à nous à chaque instant de notre vie et qu’il nous accepte tels que nous sommes véritablement : créés à l’image divine, destinés à partager la gloire divine, mais faibles et enclins à l’échec et à la peur. Lorsque nous demandons miséricorde, nous demandons la guérison et l’amour qui nous rendront à nouveau entiers : qui nous rempliront de Dieu.

Dieu, dans son amour, nous offre tendrement sa miséricorde à chaque instant de notre vie. Ainsi, nous pouvons avoir confiance que Dieu ne nous refusera pas sa miséricorde à l’heure de notre mort.

The Rev. Canon Kevin Flynn is a priest and educator

An English translation is available online with the October issue of Perspective.

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